Emmanuel Moine 'à droite) et Vincent Magniez (au centre) sont les voix les plus connues du National ! (Photo Philippe Le Brech)

Après chacun de leurs déplacements pour FFFtv dans les clubs de National, Emmanuel Moine et Vincent Magniez livrent pour #ADNfoot, un billet d’humeur à la découverte des coulisses de chaque journée du championnat de National. Aujourd’hui, retour sur le début de saison !

Les saisons passent mais le National reste toujours aussi imprévisible, fou et surprenant. A chaque reprise, c’est le même refrain. Les effectifs bien que bouleversés et incomplets, laisse cette question lancinante en suspens : qui pour endosser le costume de favoris ? Les journalistes se la posent entre eux avant d’interpeller leur audience mais la réponse est toujours la même : multiple et jamais véritablement tranchée !

Le vendredi 2 août, au matin de la 1ère journée, le quotidien L’Équipe a ciblé pas moins de 6 à 7 candidats à la montée, quand l’Hebdo France Football interrogeait notre confrère et ami Julien Ielsch, qui répondait avec la même prudence, qui ferait passer son expérience pour de la frilosité. Parce que le National est impredictible, les experts fonctionnent au coup de cœur humain, pour un homme, l’entraîneur qu’on aimerait voir réussir, pour un projet que l’on aimerait voir récompensé d’un ticket vers le professionnalisme.

Et si en Ligue 1 et Ligue 2 la rengaine du « maintien ambitieux » fait écho à un terrible manque d’ambition sous couvert de langue de bois, en National il s’agit d’une magnifique preuve d’humilité. Un championnat tellement indécis qu’il en devient déroutant pour ses acteurs, si difficile, tellement exigeant… Voilà pourquoi Vincent Bordot, nouvel entraîneur du Red Star, refuse qu’on « lui impose ce statut de favori ».

Dunkerque, du cœur et de la sueur !

Le National c’est donc des pronostics impossibles et de l’humain. Pas étonnant dans ces conditions là que les deux premières journées de la cuvée 2019/2020 aient consacré l’USL Dunkerque ! 2 matchs, deux victoires alors que les maritimes avaient dû attendre 11 journées pour connaître leur 1er succès l’an dernier. Un club dirigé par un fou furieux au grand cœur, aussi volubile qu’attachant, « président à l’ancienne » mais ancré dans son époque, antithèse parfaite du technocrate dirigeant de Ligue 1, un personnage dont le foot pro manque cruellement aujourd’hui.

Jean Pierre Scouarnec, ancien gardien brestois, exilé dans le Nord pour son entreprise de manutention portuaire, un fort en gueule qui a su s’entourer et donner une chance à ses anciens joueurs… Edwin Pindi, Jean Philippe Belet et Benjamin Rytlewski, 3 figures de la cité de Jean Bart appliquées à structurer pour redonner à Dunkerque son lustre d’autant… L’avenir nous dira si Tribut et son nouvel écrin retrouveront la fièvre du professionnalisme. En attendant, ces hommes perpétuent l’esprit du National.

La grande réussite dunkerquoise cet été c’est surtout d’avoir su convaincre « le sauveur » Claude Robin de rester, lui qui début Mai, éprouvé, avait pensé s’en aller pour se rapprocher de sa famille… sans doute à l’époque un peu lessivé par une saison minée par la peur. 

Méfiez-vous des promus et du beau jeu à Laval ?

 Le National imprévisible ? Quoique ! Comme aime à le répéter Vincent, chaque été : « il y a fort à parier sur un bon démarrage des promus ». On avait connu Le Poiré, Concarneau, QRM ou Rodez par le passé, et si c’était au tour cette fois de Créteil et Bastia Borgo ? 2 clubs qui surfent sur leur bonne dynamique de leur fin de saison dernière. Parce qu’un effectif en confiance et dans la continuité de sa montée est souvent gage de bonne surprise, et « de bons points qui ne seront plus à prendre » avant l’hiver et le début de l’enfer. Mais puisqu’Août ne vient d’écrire que ses premières lignes, ne brûlons pas les étapes et restons dans cette prudence (ou frilosité à votre convenance !) décrite un peu plus tôt. 

Seule certitude, le Stade Lavallois d’Olivier Frapolli produit du jeu ! Les CV ronflants de Ligue 1 et Ligue 2 ont quitté le navire en même temps que s’est enfuit le précieux statut pro. « En termes d’état d’esprit, pour espérer la montée, il faut compter sur des joueurs qui connaissent le niveau » nous confiait récemment Jean Costa, le directeur sportif des Tangos, preuve que ce virage n’est pas que forcé mais aussi décidé, et en attendant que la patte Frapolli n’opère, on décèle déjà de belles ambitions dans le jeu, en attendant de savoir si ces intentions seront récompensées dans un Stade Francis Le Basser qui n’attend que ça.

La panne du Gaz’ VS la bande à Bauer !

Enfin, « imprévisible » peut être conséquence de « mauvaise surprise ». Le boycott du Gaz’ qu’on aimerait tous laisser derrière nous, et le peuple ajaccien ne nous contredirait pas ! « Du jamais vu » pour Vincent et ses 25 ans de National. Une situation si ubuesque au soir de la 1ère journée où Bauer voulait redevenir le cœur d’un Red Star qui n’avait plus de poumon après l’exile Beauvaisien dicté par la Ligue 2. Et comme la tribune Rino Della Negra aime à le chanter, « Le Red Star c’est à Bauer », il y avait déjà ce soir-là comme un vent de spleen et de nostalgie à se dire que débutait l’ultime saison de ce temple du foot où « vétuste » rime avec « mythe » !

Mais à 18h30 au moment où le bus ajaccien débarque avec le seul Christophe Ettori à son bord (et des joueurs bloqués dans un hôtel à 800 mètres de Saint Ouen), on a très vite compris qu’après 8 ans de vie commune, le National allait encore nous surprendre Vincent et moi. 

Une fête certes gâchée, une reprise un peu douchée sans qu’il n’y ait d’autres jugements à ajouter. Déjà parce que cette absence au coup d’envoi a permis à Sébastien Rénot de fêter son départ de l’Etoile Rouge au bout d’un rush solitaire de 50 mètres à la manière d’un Maradona face à une équipe de plots invisibles. Aussi parce que le National est si difficile qu’il a poussé les dirigeants gaziers à tout tenter pour retrouver l’étage supérieur. On peut comprendre qu’économiquement ce coup de poker puisse être vital, dommage qu’il ait fait une victime collatérale : Le National lui-même ! Un championnat qui ne méritait pas ça, et surtout pas d’être encore un peu plus dénigré. Pas une publicité dont il avait besoin, comme pour le football corse. Après 2 journées, les Diavuli Rossi comptent -1 point… inattendu pour un candidat à la montée, qui avait fait de son passage en N1 il y a 6 ans, une renaissance vers la Ligue 1 !

En fait, le National est si fou et si imprévisible, que nous nous efforcerons toute cette saison avec Vincent de vous raconter les coulisses d’un championnat fait d’histoires, grandes comme petites, dont raffolent les fous de foot. Et si on se régalera ensemble par le spectacle produit sur le terrain tous les vendredis sur FFFtv, on essaiera de vous transmettre par ce billet cet ADN, celui qui fait le sel et le piment de ce championnat, l’esprit d’une compétition pas comme les autres, qui nous donne encore plus envie d’aimer l’environnement de cet autre football et ses complexités ! Un football où les turpitudes de Neymar n’existent pas et dont tout le monde en fait s’en contre fout !

Photo Philippe LE BRECH